Opération Trimalchion: les nouveaux affranchis.

Publié le par gallicusmagister

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ENFANT: TIPH.

MEDECIN: MARIN.

AFFRANCHI: JULIET.

SECRETAIRE DE T. : TIFF.


(l’enfant du baladin tomba sur lui. Aussitôt toute la valetaille de jeter de grands cris, et les convives de l’imiter, non qu’ils fussent touchés de la souffrance d’un être aussi dégoûtant, car chacun d’eux eût été ravi de lui voir rompre le cou ; mais ils craignaient que le festin ne finît tristement, et qu’ils ne fussent obligés de pleurer aux funérailles d’un étranger. Cependant Trimalchion poussait de longs gémissements, et se penchait sur son bras, comme s’il y eût reçu une blessure grave. Les médecins accoururent ; mais la plus empressée était Fortunata, qui, les cheveux épars et une potion à la main, s’écriait qu’elle était la plus misérable, la plus infortunée des femmes. Quant à l’enfant dont la chute avait causé cet accident, il se traînait à nos genoux en implorant son pardon : loin d’être ému de ses prières, je craignais seulement que ce ne fût encore une comédie dont le dénouement amènerait quelque pé[ page ]ripétie ridicule ; car je n’avais pas encore oublié l’histoire du cuisinier qui avait oublié de vider le porc. Aussi je parcourais des yeux toute la salle pour voir si les murs n’allaient pas s’entr’ouvrir pour livrer passage à quelque apparition inattendue. Ce qui me confirma dans cette opinion, ce fut de voir châtier un esclave parce que, pour bander le bras malade de son maître, il s’était servi de laine blanche, et non de laine écarlate. Je ne me trompais guère ; car, au lieu de punir cet enfant, Trimalchion rendit un arrêt par lequel il lui rendait la liberté, pour qu’il ne fût pas dit qu’un personnage de son importance eût été blessé par un esclave.)


TRIMALCHION - Mes amis, les esclaves sont des hommes comme nous; je les affranchis tous par mon testament.

LES ESCLAVESMerci Gaïus !


TRIMALCHION (à Habinnas) - Qu’en dites-vous, mon cher ami ? Hé bien, bâtissez-vous mon tombeau d’après le plan que je vous ai donné ?  En effet, rien n’est plus absurde que d’avoir de notre vivant des maisons très-soignées, et de négliger celles où nous devons demeurer bien plus longtemps.

 

 

AFFRANCHI

Je me propose, maître, à la garde de votre tombeau, pour empêcher les passants de venir y faire leurs ordures.


TRIMALCHION

Je vous prie, mon ami, de bien faire les choses.


AFFRANCHI

On y verra figurer des vaisseaux voguant à pleines voiles, et vous-même, assis sur un tribunal et vêtu de la robe prétexte, [ page ]avec cinq anneaux d’or aux doigts, et distribuant au peuple un sac d’argent ; car vous aurez donné pour vos funérailles un repas public et deux deniers d’or à chaque convive. On y représentera, si bon vous semble, des salles à manger, et le peuple en foule se livrant au plaisir. À votre droite, la statue de Fortunata, tenant une colombe, et conduisant en laisse une petite chienne.

Quant à l’épitaphe, examinez soigneusement si celle-ci vous semble convenable :

 

 

SECRETAIRE (lisant un volumen)

ICI REPOSE
C. POMPEIUS TRIMALCHION,
DIGNE ÉMULE DE MÉCÈNE ;
EN SON ABSENCE, IL FUT NOMMÉ SÉVIR ;
BIEN QU’IL PUT OCCUPER UN RANG DANS TOUTES
LES DÉCURIES, IL REFUSA CET HONNEUR ;
PIEUX, VAILLANT, FIDÈLE,
NÉ PAUVRE, IL S’ÉLEVA À UNE GRANDE FORTUNE ;
IL A LAISSÉ TRENTE MILLIONS DE SESTERCES,
ET N’A JAMAIS ASSISTÉ AUX LEÇONS DES PHILOSOPHES.
PASSANT, JE TE SOUHAITE LE MÊME SORT.

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