Opération Trimalchion: les hommes libres.

Publié le par gallicusmagister

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TRIMALCHION: AUB.
AGAMEMNON: ANNE-L.
ASCYLTE: A-P.
PREMIER AFFRANCHI: MORG.
SECOND AFFRANCHI: ANAIS

TRIMALCHION
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Si ce vin n’est pas de votre goût, , je vais le faire remplacer par [ page ]d’autre. Ou bien, prouvez-moi que vous le trouvez bon, en y faisant honneur. Mais vous, Agamemnon, dites-moi quelle est la déclamation que vous avez prononcée aujourd’hui ? Tel que vous me voyez, si je ne plaide pas au barreau, j’ai cependant appris les belles-lettres par principes. Et n’allez pas croire que j’aie perdu le goût de l’étude : au contraire, j’ai trois bibliothèques, une grecque, et deux latines. Faites-moi donc l’amitié de me donner l’analyse de votre déclamation.

AGAMEMNON - Un pauvre et un riche étaient ennemis…

TRIMALCHION - Qu’est-ce qu’un pauvre ?

AGAMEMNON - Excellente plaisanterie ! Ce pauvre et ce riche étaient donc réellement des ennemis…

TRIMALCHION - Si c’est un fait réel, ce n’est pas une matière à discuter ; et si ce n’est pas un fait réel, ce n’est rien du tout.

LES INVITES – Bravo ! Etonnant ! Magnifique !

TRIMALCHION - Je vous prie, mon cher Agamemnon, vous souvenez-vous des douze travaux d’Hercule ? savez-vous la fable d’Ulysse ? comment le Cyclope lui abattit le pouce avec une baguette ? Que de fois j’ai lu tout cela dans Homère, quand j’étais tout petit ! Croiriez-vous que, moi qui [ page ]vous parle, j’ai vu de mes propres yeux la sibylle de Cumes suspendue dans une fiole ; et lorsque les enfants lui disaient : « Sibylle, que veux-tu ? » elle répondait : « Je veux mourir. »

LES INVITES - Bravo ! Etonnant ! Magnifique !

TRIMALCHION - Quel est, selon vous, le métier le plus difficile de tous, après celui des lettres ? Pour moi, je pense que c’est la médecine et la banque : en effet, le médecin sait ce que l’homme a dans ses entrailles, et quand la fièvre doit se déclarer ; ce qui ne m’empêche pas de haïr ces docteurs qui me prescrivent trop souvent le bouillon de canard : le banquier, à travers l’argent, sait découvrir l’alliage du cuivre.

LES INVITES - Bravo ! Etonnant ! Magnifique !

ASCYLTE (éclatant de rire) – Bravo !

PREMIER AFFRANCHI DE TRIMALCHION - Qu’as-tu donc à rire, pécore ? Est-ce que la magnificence de mon maître n’est point de ton goût ?  Que les lares protecteurs de cette maison me soient en aide ! Voyez un peu le bel avorton, pour se moquer des autres ! il m’a tout l’air d’un vagabond de nuit, qui ne vaut pas la corde qui servira à le pendre ! Si je lâchais autour de lui le superflu de ma boisson, il ne saurait par où s’enfuir. Certes, je ne me mets pas aisément en colère ; mais quand on se fait brebis, le loup vous mange. Il rit ! qu’a-[ page ]t-il à rire ? On ne se choisit pas un père. Je vois à ta robe que tu es chevalier romain, et moi je suis le fils d’un roi. ? J’ai servi quarante ans ; mais qui pourrait dire si j’étais esclave ou libre ? Je n’étais encore qu’un enfant quand je vins dans cette colonie. Je fis tous mes efforts pour contenter mon maître, homme puissant et élevé en dignité, qui valait mieux dans son petit doigt que toi dans toute ta personne : je ne manquais pas d’ennemis dans sa maison qui cherchaient à me supplanter ; mais, grâce à mon bon génie, j’ai surnagé, et j’ai recueilli le prix de mes efforts : car il est plus facile de naître dans une condition libre, que d’y arriver par son mérite. Eh bien ! pourquoi restes-tu la bouche béante comme un bouc devant une statue de Mercure ?

GITON (éclatant de rire) – Bravo !

LE SECOND AFFRANCHI - Et toi aussi, tu ris, petite pie huppée ? Voici les Saturnales ! Sommes-nous donc, je te prie, au mois de décembre ? Quand as-tu payé l’impôt du vingtième pour être libre ? Voyez un peu l’audace de ce gibier de potence, vraie pâture de corbeaux ! Puisse Jupiter faire tomber tout son courroux sur toi et sur ton maître qui ne sait pas te faire taire ! puissé-je perdre le goût du pain, si je ne t’épargne par respect pour notre hôte, mon ancien camarade ! sans sa présence, je t’aurais châtié sur-le-champ. Nous nous trouvons bien traités ici ; mais il n’en est [ page ]pas de même de ton débauché de maître, qui ne sait pas te faire rentrer dans ton devoir. On a bien raison de dire : tel maître, tel valet.

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