Opération Trimalchion: les esclaves.

Publié le par gallicusmagister

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Le cuisinier-chasseur: Léo

L'esclave-chasseur: Qu.
L'échanson Bacchus: M.
AFFRANCHI: Matt.
TRIMALCHION: Aub.



(tout à coup un grand bruit se fait entendre au dehors, et des chiens de Laconie, s’élançant dans la salle, se mettent à courir autour de la table. Ils étaient suivis d’un plateau sur lequel on portait un sanglier de la plus haute taille. Sa hure était coiffée d’un bonnet d’affranchi ; à ses défenses étaient suspendues deux corbeilles tissues de petites branches de palmier, l’une remplie de dattes de Syrie, l’autre de dattes de la Thébaïde. Des marcassins faits de pâte cuite au four entouraient l’animal, comme s’ils eussent voulu se suspendre à ses mamelles, et nous indiquaient assez que c’était une laie : les convives à qui on les offrit eurent la permission de les emporter. Cette [ page ]fois, ce ne fut pas ce même Coupé, que nous avions vu dépecer les autres pièces, qui se présenta pour faire la dissection du sanglier, mais un grand estafier, à longue barbe, dont les jambes étaient enveloppées de bandelettes, et qui portait un habit de chasseur. Tirant son couteau de chasse, il en donne un grand coup dans le ventre du sanglier : soudain, de son flanc entr’ouvert, s’échappe une volée de grives. En vain les pauvres oiseaux cherchent à s’échapper en voltigeant autour de la salle ; des oiseleurs, armés de roseaux enduits de glu, les rattrapent à l’instant, et, par l’ordre de leur maître, en offrent un à chacun des convives)


TRIMALCHION – Voyez un peu si ce glouton de sanglier n’a pas avalé tout le gland de la forêt.


(Aussitôt les esclaves courent aux corbeilles suspendues à ses défenses, et nous distribuent, par portions égales, les dattes de Syrie et de Thébaïde.)


ENCOLPE – Pourquoi ce sanglier est-il coiffé d’un bonnet d’affranchi ?

UN AFFRANCHI - Comment ! me dit-il ; mais votre esclave pourrait sans peine vous expliquer cela ; car ce n’est pas une énigme. Rien de plus simple, en effet. Ce sanglier fut [ page ]servi hier sur la fin du repas ; les convives rassasiés le renvoyèrent sans y toucher ; c’était lui rendre sa liberté : aussi le voyez-vous reparaître aujourd’hui sur la table avec les attributs d’un affranchi.


(Pendant cet entretien, un jeune esclave d’une grande beauté, couronné de pampre et de lierre, faisait le tour de la table avec une corbeille de raisins qu’il présentait aux convives. Se donnant tour à tour les noms de Bromius, de Lyæus et d’Evius, il chantait d’une voie aiguë des vers que son maître avait composés.)


TRIMALCHION – Bacchus, sois libre.

(L’esclave aussitôt décoiffe le sanglier de son bonnet, et le pose sur sa tête.)

TRIMALCHION - Vous avouerez que, chez moi, Bacchus est le père de la liberté, puisque je viens de l’affranchir.

UN AFFRANCHI (ayant demandé des raisins à Bacchus ) - Qu’est-ce qu’un jour ? s’écria-t-il, un espace insensible : à peine a-t-on le temps de se retourner, que déjà la nuit vient. Ainsi donc rien de plus sage que de passer directement du lit à la table. On n’a pas encore eu le temps de se refroidir, et l’on n’a pas besoin d’un bain pour se réchauffer : toutefois, une boisson chaude est le meilleur des manteaux. [ page ]J’ai bu comme un Thrace, aussi je ne sais plus ce que je dis, et le vin m’a brouillé la cervelle.


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