Prends un siège, Cinna, et assieds-toi par terre

Publié le par gallicusmagister

Chaque groupe revient (férocement) sur la traduction des autres groupes.
Si vous le lui demandez gentiment, le lecteur vous jouera le thème de l'entrée des chars dans Ben Hur.

Extrait 1 (travail des Senatores)
Les Patres jugent leurs camarades: "trop fidèles au texte (de Montaigne?), trop de détails." Les Equites restent muets, comme les Tribuni et comme la Plèbe.

Ci-contre la scène célèbre de l'acte V "Prends un siège, Cinna", qui a été tellement jouée (et parodiée) que la mise en scène en devient difficile.
Dans le rôle de Cinna (assis), David QUERTIGNIEZ, dans le rôle d'Auguste (sur le siège) Jean-Claude DROUOT, représentation du Théâtre Régional des Pays de la Loire, juillet 2002.

EXTRAIT 2 (travail des Patres)

Les Senatores reprennent les travaux du groupe 2 (Patres): ils ont oublié des détails. Et de refaire la traduction:
"Après un moment de silence, Auguste se mit en colère et haussa le ton:
"Pourquoi vis-tu, s'il est important pour de nombreuses gens que tu meures? Serait-ce là la fin de tes supplices sanglants? Moi, je suis la cible exposée aux jeunes nobles qui montent un coup contre moi. Non seulement est la vie, si de sorte que moi, je ne périsse pas, tant de gens doivent être détruits."

Les Equites traduisent:
"Quelle sera la fin des supplices? Pourquoi le sang? Moi, je suis une tête exposée pour de jeunes nobles. Ils sont (?) tellement nombreux ceux qui ne sont pas nobles. Ils sont désespérés."

La Plèbe note qu'ils "ont oublié de traduire la fin du texte, et ont recopié le texte (de Montaigne?)"; puis remarque qu'il manque la fin du récit: N'y aura-t-il point de fin à tes vengeances et à tes cruautés? Ta vie vaut-elle que tant de dommages soient faits pour la conserver?" Les Tribuni approuvent: "Les Patres n'ont traduit que le début, et en oubliant de traduire quelques mots."

EXTRAIT 3 (travail des Equites)
Les Senatores, impitoyables, écrivent: "Ils ont recopié le texte de Montaigne, car ce dernier avait mis à part un morceau, et le groupe a donc oublié de traduire les mots suivants "Caepionem Egnatius, ut alios taceam quos tantum ausos pudet, nunc tenta quomodo tibi cedat clementia". Ils ont aussi déplacé de deux phrases un morceau du texte, comme Montaigne."
Les Tribuni sont muets, les Patres admiratifs: "Bien respect le texte latin (sic), le dialogue est bien traduit." La Plèbe se permet de remarquer: "Ils ont oublié de traduire une phrase du texte", qu'ils proposent de rendre par: "je passe sous silence ceux qui ont eu le regret d'avoir seulement essayé de te tuer; maintenant, comment pourrait marcher la clémence?"

ci-dessus, Talma, le grand acteur de l'époque napoléonienne.

EXTRAIT 4 (travail des Tribuni)

Les Senatores émettent un avis favorable: "les Tribuni ont bien traduit. Ils n'ont pas fait de fautes majeures". puis ils proposent leur propre traduction que nous ne reprenons pas parce qu'elle n'est en effet pas meilleure.
Les Patres déclarent: "Trop attachés au texte de Montaigne, mais bonne adaptation du texte latin" sans qu'on sache si c'est pour blâmer leurs camarades ou pour faire l'éloge de Montaigne.
Les Equites sont sévères: "Il manque l'incise "il dit", et, à la fin, il n'y a pas l'ingratitude: "alors que je t'ai récompensé, tu as essayé de me tuer."
La Plèbe remarque un détail: "Ils n'ont pas mis le mot hoc en valeur."


EXTRAIT 5 (travail de la Plebs)

Les Senatores sont conquis: "Ils n'ont pas traduit "adeo nihil facilius putas quam contra Caesarem advocare?" Sinon, c'est bon."
Les Patres, toujours laconiques: "Bien adapté, mais dans la deuxième phrase, ce n'est pas "empereur", mais "prince" qu'il faut mettre."
Les Equites ont la dent dure: "A partir de "penses-tu" ils ont recopié le texte de Montaigne; ils n'ont même pas transformé l'ancien français en celui d'aujourd'hui, par exemple "te souffrent". " Et ils ajoutent ce morceau: "A cause d'un homme venant d'être libre, à un procès privé, tu as été surpassé. Qu'en sera-t-il quand ce ne seront pas un, mais plusieurs hommes qui se mettront contre toi?"
Les Tribuni sont sévères: "La Plèbe a fait une faute dès sa première phrase: "Pourquoi t'es-tu fait, dit-il, cette idée? La République serait menée par le mal, par Hercule, si rien ne te faisait obstacle avant moi." De plus, la fin est copiée sur le texte de Montaigne!"


Publié dans L'empereur Auguste

Commenter cet article

terentia 14/12/2008 16:28

C'est un très bon article .
On peut se rendre compte du travail de chaque groupe et en plus on voit les efforts des uns et des autres.

gallicusmagister 14/12/2008 18:43


Chère Terentia, il y a beaucoup à faire. La traduction de Sénèque n'est qu'un aspect de la lecture du texte, l'interprétation de Montaigne est au moins aussi importante, la compréhension du
personnage d'Auguste (ce qu'on appelle aussi dans notre jargon, dieu sait pourquoi, civilisation) est capitale, et par dessus tout, il reste cette question: qu'est-ce que la clémence? Or, on ne
peut faire un vrai progrès dans l'une ou l'autre direction (traduction, interprétation, civilisation, intelligence) qu'en progressant simultanément dans les autres directions. C'est le groupe 1
(les Senatores) qui est allé le plus loin ou le plus vite, et il reste tellement à dire.